Les Imposteurs
« L’apôtre » Kathryn Krick
Combien de temps encore ouvrirons-nous les portes de l’Église à des loups ?
Le 27 août 2026, Kathryn Krick (K.K), qui se présente comme « apôtre », sera en France, à La Mega Place, à Paris.
Kathryn Krick en quelques mots : donner de l’argent pour être guéri et délivré. Le contraste avec Jésus-Christ — « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » — n’est-il pas saisissant ? (Matthieu 10.8)
Avant toute discussion théologique, voici quelques-uns des éléments que nous allons examiner :
- Kathryn Krick demande, en direct, à la mère d’un petit garçon au sol, secoué de tremblements, de « semer » de l’argent pour qu’il soit guéri et délivré.
- Kathryn Krick avertit ses fidèles que quitter leur église et sortir de sa « couverture » les exposera de nouveau aux attaques démoniaques — jusqu’au retour des démons dont ils avaient été délivrés.
- Kathryn Krick présente Destin Priester, une femme atteinte d’un cancer du sein métastatique de stade 4, comme guérie après sa prière. Dix mois plus tard, Destin meurt à 44 ans, après une longue lutte contre ce cancer.
- Kathryn Krick promet systématiquement la guérison aux personnes malades ou handicapées qui viennent à elle, y compris à des enfants — comme cette petite fille à qui elle affirme qu’elle est guérie. Elle quitte pourtant l’estrade en pleurs, portée car toujours incapable de marcher. Mais si la guérison ne se manifeste pas, c’est qu’il existe un problème quelque part : manque de foi, oppression ou possession démoniaque…
- Kathryn Krick, qui appelle GeorDavie, son père spirituel « Papa », le présente comme l’homme le plus « pur », le plus « humble » et le plus « Christlike » qu’elle ait jamais rencontré : il est aujourd’hui visé par plusieurs accusations d’abus sexuels, auxquelles s’ajoutent des enregistrements audio révélant des conduites sexuellement inappropriées, ainsi que des vidéos montrant des femmes défiler devant lui et faire du « twerking » (danse consistant à secouer les fesses en avant et en arrière de manière suggestive)
- Kathryn Krick continue de défendre GeorDavie tout en ayant connaissance d’enregistrements dans lesquels, au cours de prétendues « délivrances », il demande à une femme de toucher ses seins puis son vagin, l’interroge sur sa pilosité intime, mais aussi sur son « humidité » — en référence à son excitation sexuelle — et l’entraîne dans des échanges explicitement sexuels, le tout présenté comme un ministère spirituel.
Ces éléments ne sont ni isolés ni anciens : ils sont documentés par des vidéos, des enregistrements et des enseignements publics, se répètent depuis plusieurs années et continuent d’être enseignés, justifiés ou défendus.
Une erreur peut être corrigée ; une faute peut conduire à la repentance. Mais lorsqu’un fonctionnement se répète pendant des années, qu’il est enseigné, théologiquement justifié et défendu lorsqu’il est remis en cause, nous ne sommes plus devant une erreur passagère. Nous sommes devant un système aux mécanismes sectaires, qui exploite et maltraite les personnes les plus vulnérables — notamment les femmes, les enfants, les malades et les plus pauvres — psychologiquement, physiquement et spirituellement.
Et puisque ce système s’apprête à recevoir une nouvelle tribune en France, il est temps que l’Église regarde sérieusement ce qui se trouve devant elle, et cesse de lui offrir des estrades, de vendre ses livres et de relayer tout ce qui contribue à légitimer et propager ces doctrines antichristiques.
Ce n’est pas une querelle théologique
Il existe au sein du christianisme de véritables désaccords doctrinaux sur lesquels des croyants sincères peuvent parvenir à des conclusions différentes. Les apôtres existent-ils encore aujourd’hui ? Les dons miraculeux se poursuivent-ils ? Dieu accorde-t-il encore des guérisons surnaturelles ? Existe-t-il encore des délivrances ? Qu’en est-il de la prophétie ou du parler en langues ?
On peut débattre de toutes ces questions. Un chrétien continuationniste et un chrétien cessationniste peuvent être en profond désaccord sur ces sujets tout en continuant à se reconnaître comme frères en Christ.
Mais ce n’est pas de cela qu’il est question ici.
On peut croire aux miracles et être profondément alarmé lorsqu’un pasteur demande à une femme de toucher son vagin dans le cadre d’une prétendue « délivrance ». On peut croire à l’existence des démons sans penser qu’il soit nécessaire de demander à une femme si elle est « humide », si elle possède des poils sur ses parties intimes ou de lui faire accomplir des gestes sexuels pour être libérée. On peut croire que Dieu guérit encore aujourd’hui sans accepter qu’une mère désespérée soit amenée à considérer l’argent qu’elle donne comme une condition ou une clé de la guérison de son enfant.
Il existe des désaccords que l’Église peut supporter. Il existe aussi des comportements devant lesquels elle devrait simplement savoir les dénoncer.
« Semez » pour être guéri ou délivré
Le problème n’est évidemment pas que Five-Fold Church (l’église de K.K) reçoive des dons. Les églises et les ministères vivent traditionnellement des dons de leurs fidèles. Ce qui pose problème est la fonction spirituelle attribuée à cet argent.
Kathryn Krick n’enseigne pas simplement qu’il est bon de donner généreusement à l’œuvre de Dieu. Elle applique explicitement le principe de la « semence » financière à la guérison et à la délivrance. Dans ses enseignements, « semer » de l’argent dans le royaume de Dieu est présenté comme un acte produisant une moisson surnaturelle.
C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre la scène dans laquelle une mère, tandis que son fils souffre de convulsions, est invitée à « semer une bonne somme » pour qu’il soit guéri.
Il faut mesurer ce que représente une telle doctrine pour quelqu’un qui souffre. Dans cette vidéo, la mère explique avoir dépensé de l’argent dans l’occultisme. Kathryn Krick lui enseigne que cela a ouvert une porte au démoniaque et qu’elle doit désormais « semer » de l’argent dans le Royaume de Dieu pour la refermer et obtenir la délivrance de son fils. L’offrande est donc présentée comme la clé permettant de réparer ce qu’elle aurait elle-même provoqué.
Face à son enfant au sol, secoué de tremblements, cette mère ne « donne » plus simplement à une église : elle donne parce qu’on lui fait comprendre que la délivrance de son fils en dépend. Et avec cette doctrine vient nécessairement un poids terrible : si elle ne « sème » pas, elle risque de croire que son enfant restera ainsi par sa faute.
Une église qu’il devient spirituellement dangereux de quitter
Kathryn Krick enseigne également l’importance d’être « planted », c’est-à-dire « planté » dans une église et sous l’autorité spirituelle que Dieu aurait choisie pour nous.
Encourager un chrétien à s’engager fidèlement dans une communauté n’a rien d’extraordinaire. Mais cet enseignement va beaucoup plus loin lorsqu’il affirme que l’« onction » placée sur le responsable constitue une couverture spirituelle de protection sur ses fidèles et que cette couverture les protège notamment des attaques démoniaques.
Dans les enseignements de K.K, quitter cette couverture est présenté comme spirituellement dangereux : la personne peut de nouveau être exposée aux attaques et les démons dont elle avait été délivrée peuvent revenir.
Il faut alors se demander ce que ressent quelqu’un qui croit réellement avoir été possédé ou tourmenté par des démons. S’il est persuadé que l’« onction » de Kathryn Krick ou de son ministère constitue précisément ce qui l’empêche d’être de nouveau attaqué, est-il encore réellement libre de partir lorsque quelque chose commence à le déranger ?
Dire à un chrétien : « Soyez fidèle à votre église » est une chose. Lui faire croire que quitter cette église peut permettre aux démons de revenir en est une autre.
La première relève de l’engagement communautaire ; la seconde crée une peur spirituelle extrêmement puissante.
Destin Priester : une femme annoncée guérie meurt dix mois plus tard
Quand une journaliste lui rappelle que Destin est morte dix mois après avoir été déclarée guérie, Kathryn Krick maintient pourtant qu’elle avait bien été guérie. Selon elle, cette guérison pouvait être « spirituelle », même si son corps, lui, était toujours malade.
Autrement dit : si la personne guérit, le miracle est confirmé ; si elle reste malade, elle serait malgré tout guérie, la manifestation physique devant simplement venir plus tard. Le problème, ici, c’est que Destin est morte.
Avec un tel raisonnement, il devient possible de déclarer pratiquement n’importe qui « guéri », puisque l’absence même de guérison ne suffit plus à remettre l’affirmation en cause.
Le contraste avec les guérisons de Jésus est saisissant : dans les Évangiles, lorsqu’il guérit, la guérison est réelle, visible et manifeste. Le paralytique se lève, l’aveugle voit, le lépreux est purifié. Il ne leur est pas expliqué qu’ils sont « guéris spirituellement » et que leur corps finira peut-être par suivre.
Si l’on utilise l’histoire de Destin pour prouver qu’un miracle a eu lieu, alors il faut aussi raconter la suite : Destin est morte dix mois plus tard, à 44 ans.
Et quand la personne malade est une enfant ?
D’autres vidéos impliquant des enfants sont particulièrement difficiles à regarder. Prenons l’exemple d’une petite fille d’une dizaine d’années, atteinte d’un handicap : elle monte sur scène pour demander à Kathryn Krick de prier pour elle et de la « délivrer » des démons qui seraient responsables de sa maladie. Elle semble avoir intégré l’idée que son infirmité peut avoir une origine démoniaque. L’enfant se met à pleurer très fortement ; Kathryn Krick se montre douce avec elle et lui annonce l’intervention de Dieu. Pourtant, lorsqu’elle quitte la scène, la petite fille doit toujours être portée.
Ce qui est bouleversant ici n’est pas simplement l’absence visible de guérison. C’est le poids supplémentaire qu’un tel système de croyances peut faire peser sur un enfant déjà confronté à la maladie ou au handicap. Si Dieu veut nécessairement me guérir maintenant, mais que je ne suis pas guérie, quelle conclusion vais-je tirer ? Ai-je manqué de foi ? Ai-je encore un démon ? Existe-t-il une malédiction dans ma famille ? Quelque chose chez moi empêche-t-il Dieu d’agir ?
Ce type de doctrine risque ainsi de transformer une infirmité physique en problème spirituel personnel. À la souffrance de l’enfant peuvent alors s’ajouter culpabilité, honte, sentiment d’anormalité ou impression d’avoir déçu Dieu.
Le problème n’est pas de prier pour la guérison d’un enfant. On peut croire profondément aux miracles et entourer malgré tout un enfant qui ne guérit pas d’une certitude essentielle : non tu n’as pas échoué, ton handicap n’est pas la preuve qu’il y a quelque chose de mauvais en toi, et ta valeur devant Dieu ne dépend pas de ta capacité à te lever de cette chaise ou de marcher.
Lorsque la personne placée au centre de telles affirmations est une enfant en larmes, la responsabilité des adultes devrait être d’autant plus grande.
GeorDavie ou « Papa » : l’homme le plus « Christlike » que K.K connaisse
Il est impossible de comprendre le ministère de Kathryn Krick sans s’intéresser à GeorDavie.
Kathryn Krick le présente depuis des années comme son « père spirituel », l’homme auprès duquel elle affirme avoir reçu son onction et qui aurait joué un rôle décisif dans son appel au ministère. Mais le vocabulaire qu’elle emploie à son sujet va bien au-delà du simple respect envers un enseignant : elle l’appelle « Papa » et l’a publiquement présenté comme l’homme le plus « pur », le plus « humble » et le plus « Christlike », c’est-à-dire le plus semblable à Christ, qu’elle ait jamais connu.
Dans certaines séquences vidéos, cette exaltation de GeorDavie va encore plus loin : d’après K.K, connaître le véritable Jésus ne peut se faire qu’à travers son bien aimé papa.
Ces déclarations prennent aujourd’hui une toute autre dimension.
Plusieurs femmes ont porté contre GeorDavie des accusations extrêmement graves d’abus sexuels. Il est important de préciser qu’il nie catégoriquement ces accusations et affirme que les échanges qui lui sont reprochés relevaient du ministère pastoral ou de la prière, sans intention sexuelle.
Mais il ne s’agit désormais plus uniquement de témoignages rapportés. Des enregistrements audio ont également été rendus publics.
Quand une « délivrance » devient sexuelle
Dans l’un de ces enregistrements, présenté comme celui d’une séance privée de « délivrance », GeorDavie demande à une femme de toucher différentes parties de son corps, puis ses seins et son vagin. Il l’interroge également sur sa pilosité intime et sur son « humidité », en référence à son excitation sexuelle. GeorDavie ne conteste pas l’authenticité de ces échanges : il les défend comme relevant d’un cadre spirituel et pastoral et affirme n’y voir aucune intention sexuelle ou conduite inappropriée.
À cela s’ajoutent des vidéos montrant, lors de conférences de « prophètes », des femmes défiler devant lui et pratiquer du « twerking » — une danse consistant à secouer les fesses de manière suggestive. Là encore, ces images participent au tableau que chacun pourra examiner et juger par lui-même.
C’est ici qu’il faut revenir à la distinction établie au début de cet article. Il n’est plus question de savoir si les dons miraculeux existent encore, si les démons existent ou de trancher la controverse entre cessationnistes et continuationnistes.
La question devient beaucoup plus simple : quel ministère chrétien nécessite qu’un homme demande à une femme de toucher son vagin afin d’être délivrée, ou à un homme de toucher son pénis pour recevoir la délivrance ? Quel enseignement de Jésus, quel récit apostolique ou quel principe biblique justifie qu’un responsable spirituel demande à une femme des informations aussi intimes sur son corps et sa sexualité ?
GeorDavie a le droit de répondre aux accusations qui le visent. Mais l’Église a également le droit — et même le devoir — d’écouter ces enregistrements et d’examiner ce qu’ils contiennent. Dire que la personne qui s’en inquiète « juge », manque de foi ou attaque un homme de Dieu ne répond pas à la question.
Et Kathryn Krick continue de le défendre
Kathryn Krick n’est évidemment pas automatiquement responsable de chaque faute commise par une personne qu’elle admire. La vraie question est ce qu’elle fait lorsque des éléments graves concernant cette personne lui sont présentés.
Or elle continue de défendre GeorDavie et de le présenter comme son père spirituel, son « Papa », et comme l’homme le plus pur, le plus humble et le plus semblable à Christ qu’elle connaisse.
Plus préoccupant encore, les accusations ne semblent pas avoir surgi pour la première fois en 2026. Des témoignages et documents rendus publics affirment que des femmes auraient déjà alerté Kathryn Krick au sujet de GeorDavie dès 2018. Si ces éléments sont authentiques, nous ne sommes donc pas devant une personne découvrant avec stupeur, quelques jours auparavant, que son mentor fait l’objet d’accusations graves.
Nous parlons d’une fidélité maintenue pendant des années malgré des alertes, puis réaffirmée publiquement lorsque de nouveaux éléments apparaissent. C’est exactement pour cette raison que le problème ne peut plus être réduit à une erreur ponctuelle.
Une erreur peut être corrigée ; un système se défend
Tout chrétien se trompe. Tout pasteur peut prononcer une mauvaise parole. Tout enseignant peut défendre un jour une doctrine qu’il finira par reconnaître comme fausse. Même une faute grave n’interdit pas la repentance.
Mais une erreur reconnue n’est pas la même chose qu’une pratique répétée pendant des années. Une doctrine corrigée n’est pas la même chose qu’un enseignement que l’on continue à justifier. Une faute dont on se repent n’est pas la même chose qu’un fonctionnement dont les dirigeants défendent le bien-fondé lorsque quelqu’un le remet en cause.
Ici, plusieurs éléments se répondent : l’argent reçoit une valeur spirituelle dans la guérison et la délivrance ; « l’onction » du dirigeant devient une couverture protectrice ; quitter cette couverture peut exposer le fidèle au retour des démons ; les guérisons annoncées peuvent être maintenues même lorsqu’elles ne se manifestent pas physiquement ; des enfants peuvent apprendre à chercher une origine spirituelle à leur infirmité ; un père spirituel est placé à une hauteur exceptionnelle ; enfin, lorsque des critiques ou des accusations apparaissent, elles sont facilement interprétées comme de la persécution.
Pris séparément, chacun de ces éléments peut recevoir une explication. Mais lorsqu’ils s’emboîtent les uns dans les autres et qu’ils permettent chaque fois au système de se protéger lui-même, il devient légitime de se demander si nous sommes encore devant quelques erreurs isolées.
À partir de quel moment une succession d’erreurs cesse-t-elle d’être une succession d’erreurs pour devenir un système ?
« Nous sommes persécutés »
Une autre idée revient fréquemment : les véritables serviteurs de Dieu seraient persécutés et faussement accusés, de sorte que la critique et l’opposition rencontrées par un ministère constitueraient presque une confirmation de son authenticité.
La première partie de cette affirmation est biblique. Jésus a effectivement prévenu ses disciples qu’ils rencontreraient l’opposition. Mais il existe une énorme différence entre dire : « les disciples de Jésus seront persécutés » et dire : « si quelqu’un est persécuté, cela prouve qu’il est disciple de Jésus ».
La seconde proposition est tout simplement fausse. De nombreuses personnes mauvaises ont été combattues, dénoncées ou poursuivies au cours de l’histoire. Prenons volontairement un exemple extrême pour rendre l’erreur logique évidente : Hitler avait des adversaires et plusieurs personnes ont tenté de le tuer. Personne n’en déduira que l’opposition dont il faisait l’objet démontrait qu’il était un disciple du Christ.
Pourquoi ? Parce que l’on peut être combattu pour avoir fait le bien, mais également pour avoir fait le mal. On peut être faussement accusé, mais on peut aussi être accusé parce qu’il existe réellement quelque chose à dénoncer.
La persécution éventuelle d’un chrétien fidèle est donc une conséquence possible de sa fidélité ; elle n’est jamais, à elle seule, une preuve de cette fidélité.
Faire de toute critique une persécution produit en outre un système particulièrement dangereux : plus les accusations contre un dirigeant deviennent graves, plus il est critiqué ; plus il est critiqué, plus il peut se présenter comme persécuté ; et plus il se présente comme persécuté, plus cette prétendue persécution est interprétée comme une confirmation de son onction. Un tel raisonnement finit par rendre toute correction impossible.
« Ne jugez pas »
Vient alors une objection bien connue : « Jésus a dit : ne jugez pas. »
Mais cette formule est souvent détachée de son contexte. Jésus n’interdit pas aux croyants d’exercer tout jugement ou tout discernement. Dans Matthieu 7, il condamne le jugement hypocrite : celui qui prétend retirer la paille de l’œil de son frère tout en refusant de voir la poutre qui se trouve dans le sien. Et ailleurs, Jésus déclare explicitement : « Ne jugez pas selon l’apparence, mais jugez selon la justice » (Jean 7.24).
Jean écrit : « Bien-aimés, n’ajoutez pas foi à tout esprit ; mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu » (1 Jean 4.1). Paul demande : « Examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5.21). Et en Galates 1.8, il va jusqu’à écrire que même si un ange du ciel annonçait un autre Évangile, celui-ci devrait être rejeté.
Autrement dit, même une expérience apparemment surnaturelle ne dispense jamais le chrétien d’examiner ce qu’il voit. Une guérison est revendiquée ? Examinons-la. Une prophétie est prononcée ? Examinons-la. Une délivrance semble se produire ? Examinons-la. Quelqu’un affirme avoir reçu une onction extraordinaire de Dieu ? Examinons ses enseignements, ses pratiques et ses fruits.
Car Jésus lui-même, dans le même chapitre de Matthieu où se trouve le fameux « ne jugez pas », avertit quelques versets plus loin : « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7.15-16).
Il serait pour le moins étrange de comprendre l’enseignement de Jésus comme une interdiction d’exercer précisément le discernement qu’il demande quelques lignes plus loin.
Si nous n’avons jamais le droit de reconnaître un loup, pourquoi Jésus nous a-t-il expliqué comment les reconnaître ?
Qui protégeons-nous réellement ?
C’est finalement la question que l’Église devrait se poser.
Derrière ces enseignements ne se trouvent pas seulement des débats théologiques abstraits. Il y a des malades, des parents terrifiés pour leurs enfants, des personnes convaincues d’être tourmentées par des démons, des fidèles qui peuvent avoir peur de quitter leur église, des femmes qui accordent une confiance immense à un homme, une femme parce qu’elles pensent qu’il, qu’elle parle au nom de Dieu, et des enfants qui risquent de porter sur leurs épaules une culpabilité spirituelle qu’aucun enfant malade ne devrait avoir à supporter.
Ce sont souvent précisément les personnes les plus vulnérables.
Et il arrive un moment où notre prudence envers les dirigeants devient de l’imprudence envers ceux qui leur sont confiés. À force d’accorder un bénéfice du doute pratiquement illimité à un ministère, c’est la personne malade, la femme vulnérable, l’enfant ou la famille désespérée qui assume le risque de notre silence.
La prudence est une vertu chrétienne. Mais le silence n’est pas toujours de la prudence.
De quel élément supplémentaire aurez-vous encore besoin ?
Jésus nous a avertis il y a près de deux mille ans que de faux prophètes viendraient en vêtements de brebis et que des loups entreraient dans le troupeau. Ces avertissements n’ont de sens que si les chrétiens acceptent, à un moment donné, d’observer les fruits et d’en tirer des conclusions.
Alors je voudrais terminer par une question, particulièrement adressée aux pasteurs et aux responsables d’église qui envisagent encore d’offrir une tribune à ces ministères :
De quel élément accablant supplémentaire aurez-vous encore besoin pour accepter d’envisager que vous vous trouvez précisément devant la catégorie de personnes contre laquelle Jésus nous a avertis : des loups ?
Combien faudra-t-il encore de témoignages, de scandales sexuels, d’enregistrements, d’enseignements liant l’argent à la guérison et à la délivrance, de personnes proclamées guéries, d’enfants auxquels on fait porter le poids spirituel de leur maladie, de fidèles maintenus dans la peur de perdre leur protection ou d’explications destinées à rendre toute critique inopérante avant que l’Église accepte simplement de regarder l’ensemble ?
Et lorsque le prochain élément apparaîtra, en faudra-t-il encore un autre ?
Combien de temps encore l’inaction et le silence des gens de bien laisseront-ils les brebis à la merci de ceux qui les exploitent au nom de Dieu ?
Le courage chrétien consiste à appeler le mal par son nom, quel que soit celui qui le commet. Et lorsque des innocents, des personnes vulnérables ou des brebis sont exposés aux abus, notre première responsabilité n’est pas de protéger la réputation d’un ministère, mais de protéger ceux qui risquent d’en devenir les victimes.
Et c’est peut-être la question que nous devrions tous nous poser : Lorsque les signes étaient devant nous, avons-nous choisi de protéger les brebis, les personnes vulnérables et les innocents — ou avons-nous, par notre silence et inaction, laissé le mal continuer à agir ?
« Jusqu’à quand jugerez-vous de façon injuste et favoriserez-vous les méchants ? Rendez justice au faible et à l’orphelin […] délivrez-les des méchants ! » — Psaume 82:2-4
