Et si l’univers n’avait jamais commencé ?


Pourquoi un mécanisme cosmique n’est pas une réponse

L’idée est séduisante. Et si l’univers n’avait jamais commencé ? S’il se dilatait et se contractait indéfiniment, renaissant sans cesse de lui-même ?
Dans ce cas, plus besoin de chercher une origine, une cause première, ou un Créateur.
Cette intuition revient souvent aujourd’hui, parfois formulée ainsi :


« Je pense que l’univers se réinitialise. Il se contracte et se décontracte dans un cycle infini. Il n’a donc jamais eu de commencement, ni de fin. Mais juste une succession de big bang à la fin de chaque cycle »


Mais cette réponse en est-elle vraiment une ? Ou ne fait-elle que déplacer la question ?

C’est précisément à ce point que la discussion entre cosmologie moderne et philosophie apologétique devient passionnante.

1️⃣ La vision de Penrose : un univers sans début clair

L’idée d’un univers éternel, sans commencement absolu, fascine depuis longtemps.
Dans sa version moderne, elle est notamment défendue par le physicien britannique Roger Penrose à travers sa cosmologie cyclique conforme.
Dans ce modèle :

  • l’univers se développe au fil d’un “éon”
  • toute la matière finit par disparaître sous forme de rayonnement
  • ce rayonnement devient la condition initiale d’un nouvel univers
  • chaque univers engendre le suivant

Il n’y aurait pas un commencement unique, mais une succession de phases cosmiques. Soyons précis et justes.

Penrose propose un modèle physique, pas une thèse métaphysique.
Il décrit comment un univers pourrait succéder à un autre, mais il ne prétend pas expliquer pourquoi ce mécanisme existe.

Autrement dit : Il explique un fonctionnement, pas une raison ultime.

Et cette distinction est centrale pour comprendre la réponse des philosophes.

2️⃣ Un mécanisme n’est jamais une explication

Des penseurs comme Frank Turek insistent sur un point fondamental :

  • un mécanisme décrit ce qui se passe
  • une explication ultime explique pourquoi cela existe

Décrire le fonctionnement d’une machine, même parfaite et éternelle, ne répond pas à la question de son existence.

Un univers cyclique, aussi élégant soit-il, reste :

  • un système physique
  • régi par des lois
  • structuré mathématiquement
  • dépendant de conditions

Aucun système de ce type ne peut être la cause de sa propre existence.

3️⃣ Le problème de l’infini passé

Les apologètes soulèvent ensuite une difficulté logique. Si l’univers a traversé une infinité de cycles avant aujourd’hui, comment arrive-t-on au présent ?
Un infini réel ne peut pas être parcouru pas à pas. On ne “termine” pas un nombre infini d’événements successifs.

Cela suggère que même un univers cyclique a besoin d’un point de départ réel, ou au minimum d’une condition fondatrice.

4️⃣ La limite thermodynamique

La physique elle-même impose une contrainte supplémentaire. La deuxième loi de la thermodynamique affirme que l’énergie exploitable se dégrade avec le temps.
Si l’univers avait connu une infinité de cycles :

  • l’entropie serait maximale
  • toute structure serait déjà dissoute

Or, l’univers reste organisé, dynamique et énergétiquement actif. Même les modèles cycliques reconnaissent donc des limites physiques réelles.

5️⃣ Une objection courante

Face à ces objections, certains répondent : « L’univers est l’entité nécessaire. Il n’a pas besoin d’explication. »

La réponse apologétique est précise. Une entité nécessaire est une réalité qui ne peut pas ne pas exister.
Or, l’univers :

  • change
  • est soumis à des lois
  • aurait pu être différent
  • dépend de conditions

Il ne possède pas les caractéristiques d’une réalité métaphysiquement nécessaire. Lui attribuer ce statut revient à nommer le mystère, pas à l’expliquer.

6️⃣ La question qui demeure, quoi qu’il arrive

Que l’univers soit :

  • Issu d’un Big Bang unique
  • Cyclique selon le modèle de Penrose
  • Régi par une théorie encore inconnue

La question fondamentale reste inchangée : Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Aucune description de mécanisme, aussi sophistiquée soit-elle, ne supprime cette interrogation.

🎯 Conclusion

Les apologètes ne rejettent pas la cosmologie moderne. Ils rappellent simplement une distinction essentielle :
La science décrit le fonctionnement du monde et la philosophie interroge son existence.
Un univers cyclique peut expliquer comment l’univers évolue. Il n’explique pas pourquoi il existe.

Et selon eux, c’est précisément à cet endroit que la question de Dieu commence.

La vraie question devient alors : Suis-je prêt à suivre la vérité, même si elle dérange mes assumptions ?